J’ai découvert ce roman en faisant ma petite veille, au printemps. Le sujet m’intéressait, j’ai pu le trouver d’occasion. Il ne sera pas resté longtemps dans ma Pile A Lire.
Ponna et Kali vivent dans un petit village du Tamil Nadu, au sud de l’Inde et travaillent à la ferme et dans les champs. Ils s’aiment et sont heureux ensemble mais n’arrivent pas à avoir d’enfants ce qui leur vaut d’être harcelés par leur entourage.
J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman, je ne parviens par à l’expliquer. C’est pourtant bien écrit, le ton est assez léger bien que le sujet ne le soit pas. Certains passages sont assez poétiques avec de belles descriptions de la nature, de la relation entre Ponna et Kali.
On entre dans l’intimité de ce couple et on découvre toute la pression qu’ils subissent. Une pression qui menace davantage leur amour et leur relation que le fait même de ne pas avoir d’enfants.
Entre les remarques désobligeantes et intrusives, les malédictions potentielles et superstitions véhiculées par la famille, les rituels à effectuer pour tenter de contrer le mauvais sort et l’infertilité, on ne les laisse jamais en paix. Cette remarque de Kali m’a vraiment parlée :
Certaines personnes ne se sentent plus quand elles possèdent ce que d’autres n’ont pas. Est-ce que tout le monde peut tout avoir ? Tout le monde manque de quelque chose, plutôt ! Partout il se trouvait quelqu’un pour leur rappeler leur problème. Kali aurait aimé hurler : « Des enfants, j’en ai peut-être. Ou pas. Qu’est-ce que ça peut te foutre ? Alors ferme-là ! » mais il en était incapable. p.31
C’est cruel, parfois teinté d’humour noir. J’ai ressenti beaucoup de tristesse pour tous les Kalis et toutes les Poonas manipulés et harcelés de la sorte.
La pression sociale est tellement forte, le poids des traditions (que j’avais un peu oublié en rédigeant mon billet) écrasant, il est presque impossible de s’y soustraire et rares sont ceux qui sont parvenus à le faire, comme l’oncle de Kali mais à quel prix.
Ce n’est pas le seul roman qui aborde cette forme de violence sociale, religieuse et la quasi impossibilité d’échapper à son sort et à sa condition. Je pense aux personnages du roman L’Équilibre du monde de Rohinton Mistry, lu récemment.
Un sujet intéressant et un roman qui m’a dérangée et bouleversée jusqu’au bout.
Femme pour moitié de Perumal Murugan, Gallimard, 2025
Ce roman est traduit du tamoul par Léticia Ibanez
En 2014, 2015, l’auteur est menacé par des groupuscules hindous proches du parti nationaliste. Manifestations, autodafés, menaces de mort.
Perumal Murugan va organiser sa propre mort littéraire. En 2016, les poursuites judiciaires sont rejetées et l’auteur peut ainsi renaître.
C’est terrifiant que la liberté d’expression soit autant menacée. Des écrivaient et intellectuels ont été assassinés, en Inde, entre 2013 et 2015.
Les Challenges de lecture
– Une lecture commune avec Jojo en Herbe & Jostein
– Un roman découvert avec Les Étapes Indiennes organisées par Hilde


J’ai aimé cette simplicité d’écriture et cet environnement des traditions du pays. Que cet amour est beau et combien il est dur de le voir détruit par la médisance et la jalousie.
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bonjour, comment vas tu? merci pour la découverte. dans de nombreux pays, il est obligatoire d’avoir rapidement des enfants sinon l’épouse peut etre remplacée, voire répudiée. passe une belle semaine et à bientôt!
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Que c’est triste de voir combien la société et les traditions peuvent peser sur ce sujet-là. Et c’est encore pire en Inde… Je comprends le titre « Femme pour moitié », car j’imagine qu’on lui dit qu’elle ne sera vraiment femme que lorsqu’elle aura un enfant…
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Je trouve que rien que le titre est violent en soi et permet déjà de saisir la pression sociale subit par le couple et encore plus la femme.
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Je partage ton avis comme celui de Jostein, une lecture émouvante avec une belle relation de couple pris dans les tourments du diktat d’avoir un enfant, merci pour cette lecture commune et bonne soirée!
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Ton avis est très intéressant. J’ai beaucoup aimé l’équilibre du monde. Je trouve, sans vouloir généraliser, que la littérature indienne est assez violente dans les sujets mais aussi dans la manière dont les choses sont racontées. C’est souvent crus, cruel, violent. C’est le reflet de la société indienne. La littérature permet justement de découvrir cette violence que l’on retrouve effectivement dans L’équilibre su monde, La cité sans joie ou Slumdog millionnaire… Je note donc 😉
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Tu m’apprends beaucoup de choses sur ce grand pays : très éclairant.
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C’est dramatique que cet auteur soit ainsi menacé, et ça n’augure rien de bon pour les couples et surtout les femmes qui auront le malheur de ne pas avoir d’enfant en Inde !
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